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« C’est quoi, ta couleur préférée ? »

Written By: Emily Dutch Linares on September 16, 2014 No Comment

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J’aurais pu prendre une décision en lançant une pièce de monnaie pour un tirage à pile ou face. « Pile » : espagnol. « Face » : français. J’avais besoin de suivre un cours de langue et je n’arrivais toujours pas à faire mon choix. « Tout le monde parle espagnol. Apprends-le ! » C’était une réplique bien connue. Après tout, nous vivions en Californie et le Mexique était la porte à côté. Seul mon père essayait de me dissuader d’apprendre l’espagnol. « Sois un peu différente ! Tu veux ressembler à tout le monde ?! » Comme tous les jeunes de mon âge, je tenais beaucoup à maintenir mon style inimitable. Les paroles de mon père ont donc rendu la décision beaucoup plus facile : Le français était décidément plus cool.

Je ne savais pas du tout combien cette « petite décision » allait changer ma vie. C’est, pourtant, grâce à mon cours de langue que j’ai découvert une partie de moi-même que je n’avais jamais connue auparavant. J’avais toujours été plutôt timide, mais, quand je parlais français, je devenais extravertie. Une fois que je me suis mise à bavarder, rien ne pouvait m’arrêter. J’étais une bouteille de champagne débouchée ; mon énergie libérée, ne connaissant plus de bornes, débordait de son récipient—mon être. Les phrases qui se formaient remontaient à la surface comme une succession de bulles. J’avais trouvé mon « moi » loquace, un « moi » qui parlait français.

À cette époque-là, je suis tombée amoureuse pour la première fois de ma vie. Naturellement, je voulais connaître l’objet de mon affection dans les moindres détails. Je désirais découvrir toutes ses singularités, desquelles la plupart des gens ne se rendaient pas compte. Je me suis donc mise à l’étudier à fond. Il ne s’agissait pas d’un amour en secret ; mes amis étaient bien conscients de mon obsession. Tout le monde le savait, j’étais tombée sous le charme de la langue française.

Je ne me contentais pas d’être comprise ; je voulais m’exprimer avec précision, trouver le mot juste. On pourrait dire que j’engloutissais les conjugaisons. J’apprenais les temps verbaux par cœur et j’ai commencé à naviguer entre eux. C’était un art à maîtriser à petits pas. Et puis, un verbe ne sortait pas tout seul. Il voulait être en bonne compagnie. Je fouillais dans mon dictionnaire jusqu’à ce qu’il ait le dos cassé. Surtout, j’écrivais. Je voulais écrire nettement et je prêtais beaucoup d’attention aux accents, à ces petites épices de la langue française qui rendaient le langage encore plus appétissant. Je n’en avais jamais assez et je consommais de plus en plus chaque jour.

J’ai continué à consommer ainsi jusqu’à ce que j’aie eu l’occasion de visiter le pays d’origine de mon amour. J’ai passé une semaine de vacances à Paris avec mes parents, trois mois après avoir rencontré mon objet d’affection dans une salle de classe. Ça a été le déclic. Paris me recevait à bras ouverts et je ne voulais pas qu’elle me lâche. Je désirais rester pour toujours dans l’étreinte de ce monde fascinant. Je ne me fatiguerais jamais d’explorer ses rues étroites qui serpentaient, de m’asseoir au bord de la Seine, d’assister à un concert au Jardin du Luxembourg, de prendre le métro, ou de fréquenter les bouquinistes pour feuilleter bien des livres en me demandant qui les avait déjà lus. Tout m’était charmant. La veille de notre retour, je me suis assise sur mon petit lit dans notre chambre d’hôtel. Je regardais nos valises quand des larmes se sont mises à tomber.

On pourrait dire que je suis rentrée chez moi à contrecœur. Une chose était certaine : je ne voulais pas me passer de mon amour. Il était impossible de mettre le doigt sur la source de mon affection. Une énumération de tout ce qui m’enchantait ne ferait pas honneur à mes profonds sentiments. En peu de paroles, ce qui me captivait échappait au langage. Il est toujours difficile d’expliquer la véritable raison pour laquelle on aime quelqu’un. Il suffit d’aimer.

Je suis toujours sous le charme de la langue française et il m’arrive souvent qu’on me demande pourquoi. Mon amour pour la langue et la culture françaises est inexplicable. Quand quelqu’un vous pose la question : « Quelle est votre couleur préférée ? », vous pouvez y répondre assez facilement. Le pourquoi est beaucoup moins évident. Quand on me demande la raison pour laquelle j’adore le français, je lui souris en rétorquant : « J’aime le violet ! mais je ne sais pas pourquoi… »

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